Les jongleurs du bonheur.

Deux amis, un nain et un géant, allaient de ville en ville pour montrer leurs talents de jongleur. Le nain venait d’une région montagneuse et le géant d’une île au-delà des mers.
Ils s’étaient rencontrés un jour dans un village et depuis avaient associés leurs talents et ne se quittaient plus. Ils jonglaient avec des pommes en bois peint ou des bouteilles.

Le géant décrivait toujours son île au nain et celui-ci lui racontait ses belles ballades en montagnes.
Un soir, lors d’une représentation sur une place de village, un marchand de pommes très en colère, les accusa en public de lui avoir volé six fruits.

Malgré leurs revendications, ils furent arrêtés sur le champ et  condamnés à être enfermés dans deux cellules conjointes sans fenêtre, en attendant leur jugement. On les conduisit de nuit, en charrette, à plusieurs lieues de là dans une tour.

Il faisait sombre dans ces pièces mais heureusement, un rayon de lumière passait par un petit trou situé en haut de la pièce du géant qui regarda d’un oeil.

– « Que vois-tu » ? lui dit le nain derrière ses barreaux.

– « Je vois une grande montagne, toute blanche » lui dit le géant.

Le nain sentit son coeur grandir – « décris-là moi » dit-il à son ami.

Et le géant décrivait la montagne exactement comme le nain l’imaginait.

Comme j’aimerai la voir, dit-il à son ami.
Il gratta plusieurs jours entre deux pierres et fit enfin un petit trou.
Il regarda dehors. – « que vois-tu » ? lui dit le géant.

– « Je vois la mer et un bateau à voile » lui répondit le nain et il lui décrivit la couleur de l’eau, la taille du bateau et tout ce qui allait avec.

 

Les journées passaient ainsi. Le géant pensait à la mer et le nain à la montagne.
Quel dommage qu’ils n’aient pas été dans l’autre cellule pensait chacun d’eux ou encore ensemble.
Ainsi, le géant aurait pu porter le nain qui aurait vu la montagne et il se serait baissé pour voir la mer.

Plusieurs semaines passèrent ainsi… en attendant leur jugement.

Le nain connaissait par cœur chaque sentier de la montagne que le géant lui décrivait et il rêvait qu’il s’y promenait avec ses amis d’enfance.

A son tour, le géant écoutant son ami, sentait l’odeur des algues, hissait les voiles du bateau et partait voguer vers son île enchanteresse.

Finalement, le jugement eut enfin lieu dans la tour et, devant les preuves des six pommes en bois rapportées par un villageois, ils furent acquittés et remis en liberté.

Le marchand de pommes fut condamné à leur verser immédiatement, la valeur de cent pommes à chacun en signe de dédommagement.
Ainsi, ils devenaient libres et riches à la fois. Ils pouvaient arrêter de travailler et repartir dans leur village, ils se saluèrent avant de se quitter.

Aussitôt sorti, le nain couru vers la grande montagne pour y gravir les sentiers et le géant se précipita vers la mer pour embarquer vers son île.

C’est alors que chacun ne vit qu’une grande plaine d’herbes qui s’étendait à l’horizon.

Ils furent étonnés, puis se regardèrent en souriant et comprirent que chacun avait imaginé ce que l’autre désirait pour lui donner du bonheur pendant cette épreuve.

Ils se séparèrent très heureux et chacun se rendit dans le lieu de son enfance tant espéré sachant que leur amitié était inscrite à jamais dans leur cœur.

Le bonheur est comme l’amour, plus il se partage et plus il augmente.

Conte d’éveil de Joéliah©

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