Corrie ten Boom :
c’est dans une église de Munich que je l’ai vu.
Nous étions en 1947.
J’étais venue de Hollande dans une Allemagne vaincue, apporter le message de pardon de Dieu.
« Quand nous confessons nos péchés, avais-je dit, Dieu les jette au plus profond de l’océan, où ils disparaissent pour toujours ! »
Je l’ai vu, chauve et trapu, vêtu d’un manteau gris et serrant un feutre beige entre ses doigts, il se frayait un chemin vers moi à travers la foule.
Je venais de terminer une réunion et les gens s’acheminaient lentement vers la sortie entre les rangs de chaises et le long des allées.
Les gens se levaient en silence.
En silence, ils prenaient leurs manteaux.
En silence, ils quittaient la salle…
C’est alors que j’aperçus l’homme qui marchait à contre-courant.
Tout d’abord, je vis le manteau gris et le chapeau beige, et puis, soudain… l’uniforme vert et le képi à visière portant une tête de mort…
Alors, tout me revient à l’esprit en l’espace d’un éclair : ce hall immense, ces lumières crues, ce pitoyable tas de vêtements et de chaussures amassés au centre de la pièce…
La honte de devoir passer nue devant un homme !
Je voyais la frêle silhouette de ma sœur, juste devant moi, ses côtes saillantes sous la peau transparentes.
Betsie et moi avions été arrêtées pour avoir caché des juifs chez nous pendant l’occupation nazie, et l’homme qui se trouvait maintenant en face de moi était l’un des gardiens de cet affreux camp de Ravensbrück.
Il me tendait la main…
– Vous avez donné un excellent message, mademoiselle, me dit-il. Qu’il est bon de savoir, comme vous l’avez si bien exprimé, que nos péchés sont au fond de la mer !
Et moi qui venais de parler de façon si désinvolte du pardon, je me mis à consulter nerveusement mon agenda, plutôt que de prendre cette main qui se présentait.
Celui qui me la tendait ne se souvenait plus de moi, bien sûr. Cependant, je le reconnaissais ! Je me souvenais même de la lanière de cuir qui se balançait, accrochée à sa ceinture…
– Vous avez mentionné Ravensbrück, reprit-il. J’ai été gardien là-bas… mais depuis ce temps-là, je suis devenu chrétien. Je sais que Dieu m’a pardonné les cruautés que j’ai commises. Mais j’aimerais l’entendre de vos propres lèvres, Mademoiselle.
Voulez-vous me pardonner ?
La main se tendait à nouveau vers moi.
Immobile, je me tenais là, debout, figée, sans un geste, sans une parole.
Je ne pouvais pas prendre cette main, moi qui, pourtant, avais besoin tous les jours du pardon de Dieu !
Non, c’était impossible. Betsie était morte dans ce camp.
Pouvait-il effacer, par une simple démarche, sa lente et terrible agonie ? J’étais face à cet homme, paralysée, le cœur serré dans un étau de glace.
Mais le pardon n’est pas une affaire de sentiment, cela je la savais aussi.
Le pardon, c’est un acte de volonté.
Et la volonté peut fonctionner quelle que soit la température du cœur.
En silence, j’appelai le Seigneur: «Seigneur Jésus, secoure-moi !
Je peux sortir ma main, mais toi, supplée au reste !».
Alors, d’un geste mécanique, comme si j’avais été de bois, je mis ma main dans celle qui m’était tendue.
Et, au moment où je faisais ce geste, il se passa quelque chose d’extraordinaire, car je lui dis : « Je vous pardonne, mon frère, je vous pardonne de tout mon cœur».
Nous sommes restés un long moment ainsi, ma main dans la sienne, moi l’ancienne prisonnière, lui l’ancien gardien de Ravensbrück.
Jamais dans ma vie je n’ai connu l’amour de Dieu d’une façon aussi intense qu’en cet instant-là !
(Cornelia Johanna Arnalda ten Boom), 1892 -1983.
Écrivaine chrétienne néerlandaise qui a aidé de nombreux Juifs à échapper aux nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale.
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Puisse la puissance d’amour du Christ vous aider à pardonner afin de vivre véritablement en paix.

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